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DUNKERQUE – HENDAYE  du 07.07.2007 au 10.07.2007

Samedi 07 juillet : DUNKERQUE – LA LOUPE   346 Km…prévus         

Un départ à 3h00 m’oblige d’entrée de jeu à perdre une nuit de sommeil. Petite discussion avec les policiers sur les randonnées à vélo, le Paris-Brest-Paris, la météo du jour et voilà déjà 10 minutes qui se sont écoulées. Le temps de saluer mon épouse, venue me conduire, et me voilà parti… sans bidons restés dans la voiture. Demi-tour en sprint pour les récupérer. Il est 3h20, ça démarre en trombe.

Le postage de la carte postale de départ à St Omer, m’oblige à scruter dans des rues quelquefois mal éclairées une hypothétique boîte à lettres. Après deux allers-retours dans cette rue qui doit être animée de jour, je trouve la boîte jaune … mais on est à St Martin au Laert,  à 50m du panneau de sortie de St Omer. Un peu dépité, je finis par lâcher la carte postale dans cette boîte, et repars à un rythme soutenu… dans la mauvaise direction.

Ayant voulu faire l’économie d’emporter la carte de ma région que je supposais connaître, c’est après 10 km de détour que je reviens enfin sur mon itinéraire, mais avec déjà plus de trente minutes de retard sur mes prévisions.

Au premier contrôle à Hesdin les choses commencent à rentrer dans l’ordre, grâce à une route de jour, roulante, mais avec un vent toujours contraire. (Il le sera tout au long de la journée) Après un petit ravito, je retrouve un peu de sérénité me sachant dans les temps, pour commencer à apprécier enfin ce périple.

Un itinéraire taillant au plus court dans la campagne, au prix de sévères pentes, met mon physique à rude épreuve dans le pays de Bray. Cette succession de côtes et descentes fait alterner en parallèle mon moral de hauts et de bas. Le pointage et le rapide déjeuner à Gournay me redonnent le moral. Les Andelys, Gaillon, belle et longue côte vers les Rotoirs que j’avale avec plaisir cette fois. Chaleur, soleil, c’est un peu l’euphorie en quelque sorte. Après Pacy sur Eure, ma vieille carte routière me conduit vers une bretelle du 2x2 voies que je renonce finalement à prendre. Je rebrousse chemin sur ce 4 voies en contre sens et à pied, sur environ 1 km. Après avoir demandé mon chemin à un automobiliste arrêté à un stop, un motocycliste m’accoste, scrute ma plaque de diagonale, me dit être lui aussi un diagonaliste, et de ce fait me propose de me remettre sur le bon chemin. Et me voilà parti en suivant ce motard comme pour une partie de Derny. Sauf que l’itinéraire  étant loin d’être plat et pas plus court a fini par vider toute l’énergie qui me restait. En tout cas, mille merci à cette personne. Je regrette après coup de ne pas savoir qui elle était, alors qu’elle s’était proposé de m’offrir le gîte et le couvert. Quel imbécile je fais !

Il est déjà 21h au pointage à Nonancourt. Ville déjà inanimée. Je décide de ne pas perdre plus de temps, et après photo du panneau d’entrée de ville, remets éclairage et baudrier pour une nouvelle route de nuit.

         Passage à Senonches, petite pensée au P.B.P.de 99. Coup de fil pour prévenir l’hôtelier de l’heure de mon arrivée. C’est passé 23h que j’arrive comme convenu au terme de ma journée à La Loupe , 375 km au compteur... La chambre qui m’est réservée est d’un confort très sobre mais tellement bienvenu.

 

Dimanche 08 juillet : LA LOUPE – MELLE  309 km

 Après les aléas de parcours de la veille, prévoyant que le kilométrage serait une fois encore plus long que prévu, je décide après mûre réflexion d’avancer mon départ à 4 h pour arriver le soir plus tôt à l’hôtel, et profiter d’un vrai repas.

Je me suis vu plusieurs fois au cours de cette diagonale rouler sans véritable petit déjeuner avant 70 ou 90 km en raison d’un départ tôt. Pas de repas non plus à l’hôtel la veille au soir, vue l’heure d’arrivée tardive.

Au contrôle de Mondoubleau à 70 km à jeun, au petit jour, quel plaisir d’être accueilli par l’odeur du pain et des pâtisseries qui sortent du four. C’est en pistant ce fumet que je trouve la boulangerie, installée en face du café. Je suis comblé pour ce qui est du petit déjeuner, et fais le plein en ravitaillement de toute sorte. Voilà une journée qui commence bien.

Le paysage et l’architecture changent. Les vallonnements du Perche sont loin, les fermes laissent place aux maisons en tuffeau blanc. Franchissement du Loir avant la Loire. Premier château en vue, Poncé sur le loir.

Le vent qui était contre moi hier, a décidé de me venir en aide aujourd’hui, même si de temps à autre la pluie m’accompagne le temps d’une frêle averse. C’est donc avec plaisir que je me délecte du paysage, et de la particularité de l’habitat, m’autorisant une halte casse-croûte au bord du Loir à la Chartre sur le Loir, histoire de me convaincre que ce périple doit aussi m’apporter son lot de satisfactions.

Au contrôle de Bourgueil, la Loire franchie, je me rends compte que l’avance que j’avais sur l’horaire, s’est considérablement rétrécie au fil de ma balade. Aussi je décide de remettre du rythme, et à plus tard, le détour prévu à Montsoreau. La visite des châteaux ne se fera pas aujourd’hui.

Après Chinon, je quitte les longues lignes droites de la Vienne pour tailler droit dans la campagne, sur des petites routes au revêtement bien dégradé. Deux boulons d’attache de mon porte bagage arrière n’y résisteront pas, l’un sectionné, l’autre perdu certainement depuis longtemps, laissant basculer sur l’arrière de ma roue tout le chargement. Je crois avoir évité la chute de peu, en m’en rendant compte rapidement. La réparation de fortune en rase campagne, avec deux sangles à cale-pieds que j’avais utilisés pour réduire le volume de mes bagages, ne m’aura pris que 10 minutes. (Réparation qui tiendra jusqu’à l’arrivée)

C’est en arrivant au contrôle de Latillé, que je me remets de mes émotions devant une boisson fraîche et un énorme sandwich préparé spécialement pour moi, seul client du dimanche de fin d’après midi. La dame qui tient l’établissement, très étonnée de savoir que je viens de si loin, me pose beaucoup de questions sur ces individus qui passent souvent et s’arrêtent ici au cours de leur traversée. Après mes brefs explicatifs, elle se demande surtout ce qui les motive. (Là va falloir que j’y réfléchisse aussi) «  Et en plus vous avez monté la côte ! »

Je ne sais si vous avez remarqué le nombre de villages qui sont soit sur un mont, un ancien tumulus, ou place forte, soit dans une cuvette, un trou. Dans les deux cas pour se rendre dans ces villages il faut grimper, que ce soit pour y entrer ou pour en sortir. Soyez rassuré, plus la pente est rude, plus le village est pittoresque : cela vaut particulièrement pour  ceux qui sont perchés ; panorama en prime oblige.

         Cette fois c’est bien avant la nuit que j’arrive à l’hôtel avec l’avance prévue. Je fais un repas dans la chambre avec  mes provisions du jour. Ici non plus on ne sert pas de repas le dimanche soir. La chambre en rez-de-chaussée me permet de rentrer le vélo à l’intérieur. Un temps précieux gagné pour le chargement du départ pour le lendemain. 

 
Lundi 09 juillet : MELLE – LABOUHEYRE  276 km

          Pendant deux heures et demie de route de nuit étoilée sur cette D 950 droite et lisse, dans un silence interrompu par le passage furtif de poids lourds qui me doublent ou me croisent je lutte contre le froid et l’endormissement. Je sais que je suis au creux de la vague. Il me faut endurer ce point de rosée qui ramollit ma carte, crée une condensation sur le plastique qui l’enrobe et la rend illisible.

L’arrêt au point de contrôle de Matha met fin momentanément à ce pénible moment. Il est 5h30 et tout ici dort encore. Photo et carte postale une fois de plus. C’est l’inconvénient des départs trop matinaux. J’en profite pour faire un maigre petit déjeuner avec ce qui me reste de réserve de ravito de la veille, avant de me remettre en selle.

Les averses orageuses, qui hier m’ont tourné autour en m’évitant d’être complètement trempé, ne me feront pas ce cadeau aujourd’hui. J’arrive juste à Cognac sous un déluge, vent et trombes d’eau. Je me réfugie sous un balcon pour être en partie épargné.

 Il est 7h30 et je croise une foule de gens qui convergent sur les trottoirs vers l’entrée d’une usine, ne prêtant aucunement attention à mon accoutrement de cyclo – voyageur complètement décalé en ce lieu.

C’est le moment que je choisis pour perdre ma route. Je demande consécutivement à trois personnes. La première ne sait me renseigner, la seconde m’évite en faisant un écart, et la troisième m’indique une direction qui m’amène à nouveau à me perdre.
         Je finis par trouver la solution par moi-même.

L’éclaircie rapide mais trop courte me rattrape dans les bosses du  vignoble charentais. Je surveille d’un œil ce ciel noir qui menace à nouveau. Ne pas oublier d’acheter le ravito de la matinée à Archiac. Encore un village bien pittoresque…

St Maigrin, Baignes, Chantillac, Chevanceaux Montguyon m’offrent une succession de beaux toboggans, à travers un paysage de vignes tantôt ensoleillées, tantôt assombries par les nuages menaçants . C’est dans une montée que je croise un cycliste avec comme moi, sacoche et porte-bagage, et une plaque de cadre. Serait-ce un diagonaliste en sens inverse ? Il descend à vive allure. Nous nous saluons d’un timide signe de tête. Encore un regret après coup de ne pas l’avoir intercepté.

   

L’après-midi c’est la traversée de la Dordogne à Libourne puis du vignoble Bordelais. Photo à Créon au rond point  « station vélo ». Longue descente ensuite pour enjamber la Garonne et traverser les derniers villages de l’Entre deux Mers et des Graves : Langoiran,  Portets, Castres et St Selve, et pénétrer sur les terres landaises.

L’environnement a radicalement changé une fois de plus. Une foret dense, fougères au pied des pins immenses, route droite, presque plate. Je ne sais si c’est parce que c’est la fin de journée ou si la cause vient de la qualité défaillante de l’enrobé de la route, mais je n’arrive pas à tenir le rythme au dessus de 21 km/h. Les trous et les petites bosses me font craindre le pire pour mon porte-bagage.

Le dernier point de contrôle de la fin de journée à Belhade tient du miracle. Les propriétaires de l’hôtel restaurant, fermé le lundi, rentraient chez eux, je me suis précipité pour leur demander de tamponner mon carnet. 

Les 37 derniers kilomètres de la journée me semblent interminables. Ce revêtement n’en finit pas de me secouer. Je ne sais plus comment me positionner sur mon vélo pour épargner mes poignets, mes bras, mes cervicales, et mon fessier ! 

 
Mardi 10 juillet : LABOUHEYRE – HENDAYE  146 km 

         Ce n’est pas parce que c’est la dernière journée et que le kilométrage est moindre qu’il faut céder au laisser aller. C’est donc encore à l’heure habituelle très matinale que je quitte l’hôtel. Le seul hôtel où j’ai pu faire un vrai repas au soir, assis à une table. Ce matin je ne pars donc pas le ventre vide.

Un plat de choix m’attend aussi sur mon itinéraire. Au menu, 27 km de ligne droite sur le même revêtement que la veille, avec une route où aucun bas coté ni ligne médiane n’est matérialisé au sol. De surcroît une alternance de brumes et de brouillards bas crée un aveuglement devant le faisceau lumineux de ma lampe frontale. Je navigue dans du coton, de droite à gauche et de gauche à droite, sans pouvoir éviter les trous que je n’arrive pas à distinguer. Je suis à nouveau au creux de la vague. Objectif, tenir,  ne pas céder. Escource, 10 km, Mezos 16 km…

L’exploitation de la foret landaise n’a pas laissé de place à la prolifération de villages rapprochés. A partir de St Girons, on entre dans les landes touristiques. Les villages sont très bien achalandés, et on devine l’animation qui peut y régner de jour pendant cette période de vacances scolaires.

Ravitaillement et petit déjeuner rapide à Léon qui s’éveille. Poissonnerie, boulangerie, cafés, tous à pied d’œuvre pour attaquer la journée.

Direction Hossegor où je choisis la route qui longe le lac. C’est en cherchant ma route que j’aperçois un cycliste roulant à vive allure. Au premier coup d’œil, vélo de randonnée, sacoche de guidon, garde-boue chromés. Je pense de suite à un randonneur exécutant un périple. L’homme est véloce, et habile pour se faufiler dans la circulation qui commence à se densifier à l’heure où les gens se rendent au travail. Il connait visiblement bien sa route et c’est ce qui me décide à le suivre un moment pour gagner du temps. Je m’arrête à nouveau pour vérifier mon chemin sur ma carte. C’est en relevant le nez de ma carte que le cycliste vient à ma rencontre pour me venir en aide. Il se rend à son travail à Bayonne. Moi aussi mais pas pour les mêmes raisons. Il m’invite à le suivre en prenant un dédale de pistes cyclables et de routes buissonnières qui ont l’immense avantage d’éviter la N 10. Une aubaine !

          
                             Bayonne, les bords de l'Adour.                                Philippe, un SARISTE qui s'ignore..

Au fil des kilomètres, nous faisons un peu connaissance, j’essaie de faire court sur la diagonale que je suis en train d’exécuter, et je deviens bavard, tant et si bien que j’en oublie que je dois poster ma carte postale d’arrivée à Labenne que nous venons de dépasser. Elle sera postée finalement à Ondres, (3,5 km) dans une boîte à lettres peu conventionnelle. Marc as-tu reçu cette carte ?

Nous nous quittons, et je prends soin cette fois de demander ses coordonnées pour le tenir au courant de la suite de mon périple.

Biarritz, Bidart où l’on aperçoit une magnifique vue sur la mer dans un escarpement de la falaise. Et c’est à St Jean de Lutz  que les averses reprennent avec en prime un vent frais.

Après les quelques belles côtes de la N 10, pour laquelle j’ai finalement opté, j’arrive à Hendaye et me rends au commissariat pour y faire apposer la Marianne. Il me reste l’après midi pour trouver un hôtel, une douche, et le repos dans la chambre, en regardant à la télévision pendant cet après midi pluvieux… une étape du tour de France cycliste !

FOGLIA Mario

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